Le greffage de la vigne en viticulture

Le greffage de la vigne en viticulture

Qui n’a jamais rêvé d’avoir les jambes d’Usain Bolt et l’intelligence de Marie Curie ?
Si la complexité du corps humain rend impossible ce genre d’assemblage, la formidable plasticité des plantes offre un large éventail de possibilités...
En quoi consiste le greffage de la vigne ? Pourquoi est-il incontournable ? Quelles sont ses perspectives pour l’avenir ?

En quoi consiste le greffage de la vigne ?

Le greffage consiste à assembler deux organismes vivants grâce à une soudure biologique. D’un côté, le greffon, qui formera la partie aérienne (les rameaux, les feuilles, les raisins). De l’autre, le porte-greffe, qui constituera le système racinaire.

Une fois réunis, les deux cicatrisent, se connectent et fonctionnent comme un seul organisme.

Pour que l’alliance réussisse, il faut cependant que les deux partenaires aient des atomes crochus. Les cépages que nous cultivons appartiennent à l’espèce Vitis vinifera. On peut pratiquer des greffes au sein de la même espèce (greffage intraspécifique) ou entre espèces différentes du même genre Vitis (greffage interspécifique), à condition qu’elles soient compatibles.

Le greffage, solution miracle contre le phylloxéra

Au XIXème siècle, le vignoble européen a été ravagé par la peste phylloxérique.
Un petit puceron fraîchement débarqué d’Amérique s’attaquait aux racines des vignes, provoquant la mort inévitable des ceps.

L’impitoyable phylloxéra a été vaincu grâce au greffage : les cépages européens (Vitis vinifera), très sensibles à l’insecte, ont été greffés sur des racines américaines naturellement résistantes.

Aujourd’hui encore, cette technique reste la seule solution durable pour protéger les vignobles contre ce ravageur.

Voir notre article : Comment un héros du Beaujolais a sauvé le monde viticole.

Greffer pour améliorer les qualités de la vigne

Une fois la technique maîtrisée, les agronomes ont exploré toutes ses opportunités. De nombreux croisements ont été réalisés, finement sélectionnés, afin de créer des porte-greffes répondant aux besoins de la filière viticole.

Certains résistent mieux aux parasites du sol, comme les nématodes. D’autres sont mieux adaptés à des types de sol spécifiques (calcaires, acides). Certains tolèrent mieux la sécheresse ou l’humidité. D’autres encore permettent de moduler la vigueur de la vigne ou d’influencer les rendements.

Le choix du cépage et du porte-greffe est donc une décision essentielle lors de la plantation (lien) d’une nouvelle parcelle. Il conditionne la longévité du vignoble, ses performances agronomiques et, indirectement, les caractéristiques du vin à venir.

Comment greffe-t-on la vigne ?

En France, environ 95 % des plants sont greffés par des pépiniéristes spécialisés. La technique la plus courante est la greffe dite oméga, qui assure d’excellents taux de reprise et une bonne productivité.

Les vigneronnes et vignerons achètent des plants greffés-soudés prêts à être plantés au printemps, et qu’ils vont chouchouter dans les mois à venir.

Lors d’une plantation, deux objectifs sont essentiels :

Assurer la reprise des jeunes plants, en limitant la mortalité. Cela implique notamment de les arroser et de contrôler l’enherbement qui pourrait concurrencer leur alimentation en eau et en nutriments.

Favoriser un enracinement profond. Pendant les deux premières années, les grappes sont supprimées afin que toute l’énergie de la plante soit consacrée au développement du système racinaire.

Qu’est-ce que le surgreffage ?

Le surgreffage consiste à intervenir sur une vigne déjà établie depuis plusieurs années. On conserve le porte-greffe (et donc le système racinaire), mais on remplace le greffon : autrement dit, on change de cépage.

Cette technique de greffe sur pied permet de modifier plus rapidement la variété cultivée tout en conservant un enracinement déjà bien établi.

Elle reste toutefois peu répandue, parce qu’elle demande de l’expertise, se pratique manuellement et présente des taux de réussite capricieux.

On la retrouve par exemple à Moissac, où elle a permis de remplacer le Chasselas par des variétés de raisin de table plus adaptées aux attentes du marché.

Un outil clé pour l’avenir

Le greffage permet de préserver cépage la typicité d’un cépage tout en l’adaptant à son environnement et aux objectifs de production.

Dans un contexte de changement climatique et de réduction des intrants, il constitue plus que jamais un formidable levier d’adaptation et un axe de recherche incontournable pour la viticulture de demain.

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