
Connaissez-vous le gin créé par la famille Watson ?

On ne présente plus Emma Watson, celle qui a notamment incarné Hermione Granger dans la saga Harry Potter et qui est aussi ambassadrice pour l’ONU Femmes. On vous présente aujourd’hui son frère cadet, Alex, à la trajectoire professionnelle qui s’est inscrite dans le monde du marketing, et plus spécifiquement des spiritueux.
Il nous présente aujourd’hui sa (co)création en la matière : un gin baptisé Renais, né en France (comme Alex et Emma), à Chablis.
Pauline Gonnet : Comment s’est formé ce projet ?
Alex Watson : Les origines du projet remontent à loin ! A commencer sans doute par l’amour de mon père pour le vin, le fait qu’il devienne vigneron à Chablis, et puis que je sois né en France. Les graines de l’inspiration ont vraiment été plantées avec cette histoire familiale, puis mon parcours dans le monde des spiritueux a continué d’ajouter quelques ingrédients, faisant se rencontrer mon enfance, mon éducation et mon expérience, pour arriver à cette épiphanie, quand je me suis dit que le raisin pouvait être distillé. Après, tout s’est mis en place naturellement pour que Renais voit le jour.
PG : Pourquoi le raisin ?
AW : Toutes les régions viticoles rencontrent des difficultés. Les aléas climatiques peuvent vraiment détruire tous les efforts des vignerons en quelques minutes, et à Chablis c’est arrivé régulièrement. Toutes ces grappes non utilisées pour le vin me donnaient un sentiment de gâchis, et c’est ça qui m’a donné envie de leur trouver une autre vie. Je voulais créer quelque chose de délicat, de raffiné et du terroir, comme pour le vin, mais en le travaillant autrement, et faire renaître cette matière première.
Je voulais vraiment rendre hommage aux ressources naturelles et aux traditions chablisiennes, sans toucher au marc déjà distillé à Chablis, mais en créant quelque chose de nouveau. Et puis je savais aussi que pour intéresser les consommateurs, il fallait sortir des sentiers battus et ne pas simplement ajouter un nouveau gin à la longue liste de ceux qui existent déjà. Or un gin distillé à base de raisins, aucun des sommeliers à qui j’en avais parlé n’en connaissaient. Tout se mettait parfaitement en place.

PG : Vous faites revivre les raisins, mais vous continuez aussi à faire vivre l’héritage familial….
AW : Même si mon business est indépendant de celui de mon père, c’est certain qu’il y a un lien fort avec ma famille. Cela m’a beaucoup rapproché de mon père en bien des aspects, j’ai mieux compris ce qu’il a fait à Chablis et ce qu’il nous a transmis, et nous avons beaucoup collaboré, partageant ainsi des moments précieux. J’ai beaucoup d’admiration pour ce qu’il a fait, pour son investissement dans le vignoble et d’en être devenu un pilier, ainsi que vigneron, tout en continuant à travailler en tant qu’avocat.
En fait, j’aurais pu me dire que mon projet interférait avec ce que mon père avait construit, mais en réalité, il nous a rapproché encore davantage, mon père et moi, et notre famille avec Chablis. Je n’aurais jamais imaginé être initié à mon tour par la confrérie des vignerons de Chablis, j’ai reçu mon tastevin des mains du maire en octobre dernier !
Et puis ma sœur a apporté toute la dimension créative et écologique, à la mesure de son engagement. Le processus d’élaboration de Renais est zéro déchet (à commencer par les raisins que nous récupérons !), la distillerie est alimentée en panneaux solaires, le packaging est biodégradable, le bouchon en aluminium est réutilisable, et nous sommes certifiés B-Corp.
PG : Est-ce que l’effet miroir entre les caractéristiques d’un grand Chablis et les ingrédients ajoutés en Angleterre était voulu dès le début ?
AW : D’abord je voulais donc les notes et les caractéristiques d’un chablis, donc une belle tension, de la fraicheur, de la minéralité, des notes de raisins et de fleurs. J’ai travaillé avec le global brand ambassador de Tanqueray, sur place, et nous avons gardé le tilleul, par exemple, pour nous rappeler Chablis. Les notes d’agrumes également, et sa trame minérale caractéristique, grâce à l’utilisation de cristaux de sels et d’argile de Kimmeridge, riche en fossiles marins, à la fois présente à Chablis et sur la côte anglaise où se situe notre distillerie.
Les baies de genièvre font écho au gin britannique, pour un mélange raffiné et harmonieux entre la France et l’Angleterre.
PG : Quelle est la suite de cette aventure ?
AW : Nous avons élaboré un gin vieilli en fût de Grand Cru de Chablis pendant 18 mois, que mon ami Richard Rottiers du domaine des Malandes m’avait donné. En fait, j’ai vraiment envie de continuer à appliquer la philosophie de la vinification à la création de spiritueux.
C’était vraiment délicat car il ne fallait pas que le bois marque trop le produit final, mais c’était une réussite qui nous a même valu un Master Award au UK. Ce qui me motive à continuer d’explorer de nouvelles façons de créer des spiritueux !

PG : Quel est votre accord gastronomique préféré avec votre gin ?
AW : J’ai un rituel avec Renais, désormais : j’adore le boire accompagné d’huîtres ! Le côté salin du gin est potentialisé par l’iode des huîtres : j’en déguste une, et juste après je verse un splash de gin et de citron dans la coquille. Franchement, c’est merveilleux !
Et sinon je le déguste en digestif, après un repas riche, j’ajoute une écorce d’orange, et je sirote.
PG : Où aimez-vous boire un verre, de Chablis ou de gin, ou d’autre chose ?
AW : A Chablis, j’adore le bar à vin Chablis Wine not
de Fabien. Sinon, je suis un véritable amoureux des pub anglais. C’est l’incarnation de notre drink culture
que j’aime pour son côté social et inclusif. Tout le monde s’y retrouve, on y vient entre amis, en famille, en solo, avec son chien, pour le match ou après le boulot. J’ai mes habitudes au Plimsoll, dans le quartier d’Islington.